Il y a dix ans, un local vélos était un local vélos. Aujourd’hui, c’est un local de charge : dix batteries lithium-ion branchées la nuit, dans un volume fermé, souvent au sous-sol, parfois sous des logements. Le risque n’a pas été créé par une nouvelle réglementation — il est arrivé par la porte de service, avec les livreurs et les trottinettes.
Pourquoi ces feux sont différents
Une cellule lithium-ion endommagée, trop chargée ou exposée à la chaleur peut entrer en emballement thermique : la réaction s’entretient toute seule, la cellule libère des gaz inflammables et toxiques, et la chaleur fait basculer les cellules voisines les unes après les autres. Trois conséquences pratiques :
- Le feu se rallume : tant que la batterie n’est pas refroidie, une reprise reste possible, parfois plusieurs heures plus tard.
- Les fumées sont toxiques et abondantes : dans un local fermé, elles deviennent le danger principal, avant les flammes.
- L’agent extincteur doit atteindre les cellules, ce qui est difficile dans un bloc batterie fermé.
Ce que vos extincteurs actuels ne font pas
La poudre ABC étouffe les flammes en surface mais ne refroidit pas : l’emballement continue à l’intérieur. Le CO₂ a la même limite, avec un effet de refroidissement trop bref. Quant à l’extincteur « classe D », il est conçu pour les feux de métaux — le lithium métal — et non pour les batteries lithium-ion du commerce. C’est la confusion la plus fréquente, et elle donne un faux sentiment de sécurité.
Ce qui agit, c’est le refroidissement : l’eau en quantité, ou un extincteur à dispersion aqueuse de vermiculite (AVD) conçu pour ces batteries. Nous détaillons le choix de l’appareil sur notre page extincteur pour batteries lithium.
Les cinq décisions qui changent tout
- Sortir la charge des circulations. Un vélo en charge dans un couloir ou une cage d’escalier transforme le chemin d’évacuation en foyer. C’est le premier point que nous relevons en diagnostic.
- Dédier un local ventilé, sans stockage de cartons ni de palettes, avec une porte coupe-feu quand la configuration le permet.
- Éviter la charge hors présence lorsque c’est possible, ou au moins la surveiller par une détection reliée à l’alarme.
- Mettre au rebut sans discuter toute batterie gonflée, déformée, percée ou tombée. Le gonflement est le signal d’alerte le plus fiable.
- Former les équipes : le réflexe n’est pas le même que sur un feu de papier. Évacuer, alerter, ne pas déplacer un appareil en train de fumer.
Les situations que nous rencontrons le plus
- Copropriétés et immeubles de bureaux : local vélos en sous-sol, sans ventilation ni détection.
- Entrepôts et plateformes logistiques : charge des chariots élévateurs au milieu du stockage.
- Restaurants et commerces : batteries de livreurs branchées en réserve, sur une multiprise.
- Ateliers et garages : outillage sans fil et batteries de deux-roues sur l’établi.
Aucune de ces situations n’est illégale en soi. Toutes relèvent de votre évaluation des risques, et toutes se règlent avec des mesures simples, à condition de les prendre avant l’incident.
Ce que vous pouvez faire cette semaine
Faites le tour de vos locaux et posez trois questions : où charge-t-on des batteries ?, qu’y a-t-il autour ?, qui verrait un départ de feu la nuit ? Ces trois réponses suffisent presque toujours à identifier le point faible.
Questions fréquentes
Faut-il un extincteur spécifique près de chaque point de charge ?
C’est ce que nous recommandons : un appareil adapté, à portée immédiate, signalé, avec une consigne affichée indiquant quoi faire et qui appeler.
Une batterie éteinte peut-elle repartir ?
Oui. Il faut isoler l’appareil, l’éloigner des matériaux combustibles et prévenir les secours, même si les flammes ont disparu.
La réglementation impose-t-elle quelque chose de précis ?
Il n’existe pas de classe de feu dédiée aux batteries lithium-ion dans la norme européenne qui classe les feux. La protection relève donc de votre document unique d’évaluation des risques et, pour les ERP, des prescriptions applicables à votre établissement.
Un détecteur de fumée classique suffit-il dans un local de charge ?
Il détecte, mais tard. Dans les locaux de charge importants, une détection plus sensible et une alarme reliée au SSI du bâtiment font gagner les minutes décisives.
Faire le point sur vos locaux de charge
Nous diagnostiquons les locaux de charge et de stockage à Paris et en Île-de-France, nous équipons ce qui doit l’être et nous formons les équipes. Demandez un diagnostic.
